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Aspérités - Pascal Feyaerts

Tel le « Nu descendant l’escalier » de Marcel Duchamp, le temps semble se rétrécir pour Pascal Feyaerts au mouvement d’un présent arrêté. S’il vit dans le passé, c’est à l’état de deuil. La perte est immanente, constitutive de son état d’esprit. Le présent se dilue dans l’esseulement, ne se connaît à vivre qu’au titre de point de départ d’un futur sans perspective.
Ne reste que le corps pour aspérité sensible, l’âme pelée au vent. Aussi esquisse-t-il à travers le poème la transcendance qui lui permettra de surmonter l’angoisse que suscite en lui l’empilement des jours.

Qu’est-ce qu’un présent, qu’une durée qui ne se connaît plus pour durable, sinon la projection dans l’éternité pour approfon-dissement de l’instant ?

Reste l’éclat de temps que la fulgurance d’une image fixe dans l’éternel présent, la séduction du « bel aujourd’hui » (Mallarmé).
 
(Extrait de la préface de Jean-Michel Aubevert)

 
 

"Aspérités" de Pascal Feyaerts (également bibliothécaire à Fontaine-l'Evêque), paru il y a quelques jours au Coudrier (c'est pour lui un cinquième livre chez la même éditrice), révèle un talent sûr pour consigner la fragilité, l'écart entre le réel vécu et celui engrangé quelque part, entre rêve et sommeil.

Beau titre de celui qui se dit et se veut "homme d'encre" et "si peu d'écorce", sauf qu'il y a de la chair et de la sensibilité à revendre dans ces brefs poèmes, écrits avec nudité, densité et éclat .
Jugez : "Nul ne nous sauve comme de savoir donner trait au vent et de l'épouser sans trompeuse alliance" (p.16)
A ces proses bien rythmées s'allient de petits poèmes versifiés de toute beauté :

"Je n'ai qu'un corps à te donner
J'ai tellement épluché mon âme
Qu'elle s'est mise à neiger
En quelque éternité de soie" (p.30)

Tissée de mélancolie, d'âpreté, la poésie de Feyaerts "respire/ Par tous les pores de ton silence".
Non, contrairement à ce qu'il peut écrire, de grave, d'incisif, et de beau, "De mes émotions il ne demeure que la houle?", le poète transmet une qualité d'âme exceptionnelle, celle d'un gars qui s'est penché sur ses blessures intimes pour nous nourrir d'un "nouveau chemin", où il peut assurer le "guet" ou le partage.
Quatre dessins magnifiques de Catherine Berael disent aussi la magie des couleurs qui ressortent d'une ombre inquiétante. Pascal ne dit rien d'autre.


Belle préface de Jean-Michel Aubevert.

Pascal Feyaerts, Aspérités, Le Coudrier, 2020, 56p., 16€.

Philippe Leuckx pour NOS LETTRES.

 
 

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