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Trafic de compteurs

electricite-icone.jpgLe restaurateur de Fontaine-l'Evêque avait trafiqué ses compteurs: il doit rembourser 60.000 euros!

20.000 euros d’électricité, 40.000 euros de gaz : c’est une addition plutôt salée que les distributeurs d’énergie tendent aujourd’hui à Jean-Carlo, le patron d’un resto de la région de Fontaine-l’Evêque.

Il faut dire que le cuistot avait trafiqué ses compteurs et que, grâce à cette manipulation interdite, il gardait sa facture au régime. La recette ne lui a pas réussi.

C’est lors d’un banal relevé de compteurs, en janvier 2012, que les inspecteurs des intercommunales de distribution de gaz et d’électricité tombent sur l’affaire : la chaudière tourne… mais pas le compteur ! Quant au compteur électrique, il mouline à toute petite vitesse, comme pour monter délicatement une mayonnaise.

Pourtant, un resto, ça exige une fameuse dose d’énergie, tous les marmitons le savent. Pour Jean-Carlo, c’est évidemment le début des ennuis : les distributeurs lui présentent la facture, et la justice le convoque.

L’homme s’est présenté devant le juge Eric Labar. Il est en aveux. La crise, les difficultés financières, les factures en souffrance… et finalement la tentation.

Ça m’a coûté 800 euros

«  Un homme est venu manger au restaurant à plusieurs reprises, puis, finalement, il m’a abordé, en me proposant de manipuler mes compteurs pour que je consomme moins. Il m’a dit… qu’il travaillait chez Electrabel et il m’a demandé 800 euros pour le faire  » admet Jean-Carlo, plutôt déconfit.

Cette explication n’étonne pas vraiment l’avocate des intercommunales IGH et IEH : «  Nous avons déjà entendu parler de cet homme, qui se présente fallacieusement comme un employé d’Electrabel. On l’appelle l’homme à la mallette. Il démarche les établissements Horeca en proposant ses services et trafique les compteurs, moyennant finances. Il ne travaille évidemment pas pour Electrabel, mais il faut bien le constater : les manipulations qu’il exerce sur les compteurs démontrent un vrai savoir-faire, des connaissances techniques très précises.  »

Depuis 2009 ?

Comment calculer l’ampleur de la fraude ? Les gestionnaires du réseau ne font pas dans l’estimation moléculaire : ils font remonter la fraude au dernier contrôle des compteurs par des employés assermentés, soit en 2009.

Et réclament donc 40.000 euros pour le gaz et 20.000 euros pour l’électricité.

«  Quand on ne paie pas, on n’économise pas, hein, s’il fait trop chaud, on ouvre la fenêtre, voilà tout  ». Or, si Jean-Carlo est en aveu sur le principe, il ne l’est pas forcément sur les montants : il y aura encore des discussions à ce sujet.

Mais que risque-t-il pénalement ? «  Éluder le gaz et l’électricité, c’est grave. Pour les fournisseurs d’énergie d’abord mais aussi pour la concurrence déloyale que cela crée par rapport aux autres restaurateurs. Mais Jean-Carlo est en aveux et a commencé à rembourser, je n’insiste donc pas pour une peine de prison, je suis d’accord pour une mesure de faveur, comme la suspension du prononcé  », précise le substitut Olivier David.

C’est aussi ce que plaide l’avocat de Jean-Carlo : «  Il a ouvert son établissement depuis une vingtaine d’années, il a une famille à charge, quatre enfants et il emploie six personnes au restaurant. Ce sont de lourdes responsabilités.  »

La suspension du prononcé ? Il s’agit d’une mesure de faveur : le prévenu est reconnu coupable mais la sanction est « suspendue » durant un délai d’épreuve et passe au bleu s’il ne commet plus d’infraction. Il permet d’éviter une mention au casier judiciaire. Un peu comme l’édulcorant apporte le réconfort du sucre sans les calories.

Le juge Labar s’est donné quatre semaines pour mitonner son jugement.

AN.D.

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