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“Ailleurs qu’à Binche? Impossible”

phpThumb_generated_thumbnailjpg.jpgENTRETIEN: Philippe Seghin Bourgmestre (MR) de Fontaine-l’Evêque. Gille de Binche depuis 1959 À PROPOS Du carnaval de Binche Philippe Seghin, 72 ans, est bourgmestre de Fontaine-l’Evêque, sa commune de naissance. Mais il est membre d’une vieille famille binchoise. Des origines qui remontent au XVII siècle selon notre interlocuteur. Depuis 1959, il est gille de Binche. Il nous raconte sa passion: l’émotion est palpable.

 

 Il y a Paul Furlan (Thuin), David Lavaux (Erquelinnes) et vous: le carnaval de Binche est donc une affaire de bourgmestres. D’où vient cette tradition chez vous?

Je suis né à Fontaine-l’Evêque, mais je suis originaire d’une vieille famille binchoise. L’arbre généalogique d’un de mes oncles remonte au XVIIe siècle, d’ailleurs. Je me souviens de mon grand-père en gille. Je suis né dedans, j’ai un tambour dans le ventre, comme on dit. Vers quatre ou cinq ans, je traînais derrière mon père. J’adore danser sur les airs du carnaval. J’ai commencé aux “ Indépendants ”, une société qui s’est scindée deux fois. Maintenant, je suis aux “ Jeunes indépendants ”, depuis 31 ans.

Et à quel âge avez-vous fait le grand saut?

Mon père était sévère. Il m’a dit un jour, en me vouvoyant: “ Vous ferez le gille, quand vous aurez une situation! ”. C’était un peu con, mais je le respectais, donc je n’ai commencé qu’en 1959, à 21 ans. Chaque année depuis, j’ai fait le carnaval de Binche. Depuis un an, je ne fais cependant plus le Mardi Gras. La fatigue s’installe. Je ne l’ai également pas fait en 1965, car mon père est décédé en janvier.

Vous avez eu des récompenses?

J’ai eu les médailles des 25 et 40 ans comme gille. J’ai raté celle des 50 ans, parce que je ne fais plus que le dimanche. Dur de récupérer après une telle journée, à mon âge. En plus, je n’ai pas de maison là-bas... C’est moins facile de se lever à Fontaine pour être prêt à 5 heures du matin, le mardi.

Cela ne fait pas mal de ne plus faire le Mardi Gras?

Je n’y arrive plus. J’ai besoin de tambour. Je ne suis pas un gille tranquille, je suis toujours en action. Alors, commencer pour m’arrêter crevé à 12 heures, non. D’autant que le cortège n’est pas mon moment préféré, même s’il est nécessaire. On a plus de mal à y danser. Surtout avec le chapeau. Le matin du mardi dès 6 heures, on part dans la Ville, dans le noir, avec le tambour. On passe devant les gens qui ne peuvent plus faire le gille à cause de leur santé. Qui vous embrassent en pleurant, après que vous leur avez lancé le ramon. C’est émotionnel, d’aller ensuite à l’Hôtel de Ville devant ce monde. Et le mardi soir, après le feu d’artifice, c’est pareil. Les gens s’en vont et restent les Binchois, qui réapparaissent...

Que gardez-vous comme souvenirs de ces carnavals?

J’ai toujours mes costumes du dimanche. Certains créent d’ailleurs l’ambiance: on se costume tous de la même façon dans notre cagnotte. On en a porté de beaux: le cireur noir américain, le Schtroumpf, le professeur Tournesol... Cette année, c’était le Pirate des Caraïbes.

En tant que bourgmestre de Fontaine, on a dû bien vous chambrer à ce sujet...

Je me suis lancé en politique en 1970. Aux premières élections auxquelles j’ai participé, les tracts de la très forte majorité PS d’alors étaient féroces à ce sujet. Cela disait quelque chose du type: “ Seghin n’est jamais là, il fait le malin à Binche. ” Ça a changé, heureusement.

Si vos citoyens vous avaient demandé de faire le gille à Fontaine, l’auriez-vous fait?

Non. De toute façon, si je le fais, je ne pourrais plus l’être à Binche. Je respecte énormément le carnaval de Fontaine, le Laetare. J’y vais d’ailleurs et je suis président d’honneur des Philanthropiques à Fontaine. Mais le carnaval de Binche est incomparable. Le vrai, c’est le Mardi Gras!

Et donc, quand vous ne faites pas le carnaval mardi, comment vous sentez-vous?

Je me lève tôt et je pleure pendant des minutes. Je préfère ne pas aller à Binche du tout. C’est trop dur. Comme on dit pour ces Binchois qui n’aiment pas le carnaval -si ça existe!-, je préfère “ m’en aller à Blankenberge ”, car cela me fait trop mal au cœur. Pour l’anecdote, et pour vous dire à quel point c’est important pour nous: j’avais un cousin binchois qui était au Congo à l’époque. Le jour du Mardi Gras, il se levait, mettait ses airs de gilles sur le tourne-disque et il dansait seul. Il paraît d’ailleurs que durant la guerre 40-45, dans les stalags allemands, des Binchois utilisaient leurs gamelles pour faire les airs de Gille, le jour du Mardi Gras. On est comme ça, nous, les “ Binchous ”.

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